Congrégation de la Mission
"Expectatio Israël" Prière pour les vocations

Espoir d'Israël,
son Sauveur au temps de l'épreuve
Expectatio Israel; Salvator ejus in tempore tribulationis,
Attente d'Israël, son Sauveur au temps de La tribulation
(Jérémie 14,8)
Sans doute sous Joïaquim (609-598), lors d’une grandes sécheresse. Dialogue de Jérémie avec Yahwé, dialogue qui emprunte ces traits à une liturgie de lamentation ; après la description du fléau (2, 6) la lamentation (7, 9)
jette un regard de bonté,
vois et visite cette vigne,
propitius de cœlo respice, vide et visita vineam istam,
du haut du ciel regarde (d'un œil propice) vois et visite cette vigne (Ps.80.15 — Vgte 79,15).
Ce psaume est une prière pour la restauration d'Israël, que l'on comprenne Israël comme un Royaume du Nord dévasté par les Assyriens en 722, ou celui de Judas ravagé par les armées de Nabuchodonosor après le sac de Jérusalem en 586.
arrose ses sillons,
multiplie ses rameaux,
rivos ejus inebria, multiplica genimina ejus
remplis ses sillons d'eaux fécondantes, multiplie ses rejetons.
(Ps. 65. 11 — Vgte 64. 11)
Psaume qui est un hymne d'action de grâces ou après une année fertile et d’abondantes pluies, le peuple remercie le Créateur. Ce verset appartient à la seconde partie du psaume qui est une enthousiaste description du printemps judéen.
et rends parfaite l'œuvre plantée de ta main
et perfice quam plantavit dextera tua
et rendez-la parfaite ; votre main droite qui l'a planté
(Ps 80, 16 — Vgte 79, 16)
tiré du même psaume, prière pour la restauration d'Israël.
La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux.
Nous Te prions, Maître de la moisson, d'envoyer des ouvriers à ta moisson.
Messis quidem multa, operarii autem pauci. Rogamus ergo te Dominum messis,
ut mittas operarios in messem tuam.
La moisson est vraiment abondante et les ouvriers sont peu nombreux. Nous te prions donc, Toi qui es le Maître de la Moisson d'envoyer des ouvriers à ta moisson.
(Mth. 9. 37-38 — Lc 10, 2)
Dans Matthieu l’exclamation du Christ est provoquée par la vue des foules lasses et prostrées des brebis sans pasteur.
Dans Luc le verset débute la mission des 72 disciples où Jésus donne ses consignes pour la mission.
Élargis ta famille
et augmente notre joie
Multiplica gentem et magnifica laetitiam
Multiplie la famille et mets le comble à sa joie
(Isaïe 9.2 — Vgte 9. 3)
Tiré du célèbre oracle d'Isaïe qui annonce la venue d'un enfant (Puer natus est nobis) qu'on appellera Conseiller merveilleux, Dieu Fort, Père éternel, prince de la paix. Cet oracle fut probablement prononcé lors de la déportation de Galiléens, qui suivit la campagne de Teglat-Phlasar III en 732 ? Il annonce le “jour de Yahwé” qui apportera la délivrance aux déportés, de l'empire pacifique à un enfant de race royale. Sans doute l’Emmanuel du Chap. 7. 14. La venue du Christ en Galilée donnera à cette prophétie sa pleine réalisation.
pour que grandisse ta Cité.
ut ædificentur muri Jerusalem.
afin que les murs de Jérusalem soient édifiés. (Neh. 2, 17)
Néhémie, échanson à la cour du roi Artaxercès avait obtenu en mars-avril 445 de revenir en Palestine pour reconstruire les murailles de Jérusalem. Ici un passage de l'exhortation adressée aux prêtres, aux grands, aux conseillers responsables de la nation.
Cette maison t'appartient, Seigneur,
cette maison t'appartient
Domus tua haec, Domine Deus ; domus tua haec ;
Cette maison est à toi ô Seigneur Dieu, cette maison est à toi
(1 Chron. 22, 1)
Exclamation de David, après avoir fait choix de l'aire d'Ornan le Jébuséun où il construisit un autel et où il s’apprêtait à bâtir un temple à Yahwé ; ce que réalisa son fils Salomon.
Qu'il n'y ait en elle aucune pierre
que ta main n'ait posée.

non sit in eâ, quaeso, lapis quem manus tua sanctissima non posuerit.

Qu’il n’y ait en elle, je t’en conjure, aucune pierre que ta main très sainte n'ait posée.
C'est l’idée de “choix” qui est à retenir dans ces textes, choix pour “garder”, “poser”, ou “rejeter”.
Cette phrase ne correspond à aucune citation comme telle de l’Écriture. Elle est faite cependant des mots “pierre”, “main”, “poser” employés par l’Écriture.
En Zacharie 12, 3, Jérusalem est comparée à une pierre énorme que personne ne pourra soulever. Allusion à l'assaut que Jérusalem aura à subir, mais, citée établie par Dieu, elle demeure imprenable.
En Josué 4.3, pour commémorer le passage miraculeux du Jourdain, Josué prescrit d’élever douze pierres commémoratives.
En Isaïe 26. 1, un chant de victoire fait l’éloge d'une ville forte protégée par un rempart et un avantmur de pierres.
En Isaïe 27. 9, dans un oracle proclamé avant la chute de Samarie, le prophète entrevoit le temps où, son péché expié, les pierres des autels dressés aux faux dieux seront pulvérisées comme des pierres à chaux.
Le psaume 118. 22-23 — Is. 28, 16, avaient parlé d'une mystérieuse pierre fondement d’édifice ou pierre de faîte rejetée par les bâtisseurs. Jésus en Mt. 21, 42, dans la parabole des vignerons homicides s’approprie cette image. Il fait comprendre à ses contradicteurs que c’est lui cette pierre qu'ils veulent rejeter. C’est ainsi que les Apôtres l’ont compris. Pierre le dira devant le Sanhédrin (Act. 4. 11), il le rappellera dans sa 1ére lettre (2, 4-6) ; Saint Paul dans son épître aux Romains (9, 33). C'est encore cette image qu'il aura à l'esprit quand il parlera du rôle du prédicateur : chacun bâtit suivant la grâce qui lui a été donnée : “Que chacun prenne garde à la manière dont il y bâtit ; de fondement, nul n'en peut poser d'autre, que celui qui s'y trouve, à savoir Jésus-Christ”. (1 Cor. 3, 10-11).
Et ceux que tu as appelés,
non sit in eâ, quaeso, lapis quem manus tua sanctissima non posuerit.
et ceux que tu as appelés
(1 Sam. 3, 5-6, 9)
Simple réminiscence de l'appel que le petit Samuel avait entendu sans savoir d’abord, mais que le grand-prêtre Hélie lui déclare finalement venir du temple.
garde-les en ton Nom et sanctifie-les dans la vérité.
serva eos in nomine tuo et sanctifica eos in veritate. Amen.
conserve-les en ton nom et sanctifie-les dans la vérité
Deux passages de la belle Prière sacerdotale de Jésus. Grande prière d’oblation et d’intercession du Sauveur à l’heure de son sacrifice. “Sanctifie” = consacre-les ; le verbe signifie littéralement “mettre à part pour Dieu, vouer à Dieu, sanctifier”, au sens premier du terme (Act. 9, 13) et l’importante note < j > de la Bible de Jérusalem, p. 1449.

Cette Prière est un centon de textes bibliques.

Elle a été composée par le Père Antoine FIAT, Supérieur Général de la C.M. de 1878 à 1914, qui a utilisé pour cela le texte-latin de la Vulgate.

Maurice VANSTEENKISTE cm.

Expectatio Israel
"Renouveler la prière de l'Expectatio Israël"
par Vincent GOGUEY. 
clic

Expectatio Israel
Commenté par T.H.P. Antoine FIAT, Supérieur général.

Rapporté par M. Édouard Robert, 1884.


Pour obtenir des vocations, M. Fiat permet de réciter la prière “  Expectatio Israël ” tous les soirs après la prière.
Voici le résumé d’une conférence du Père sur cette prière. Cette conférence est postérieure à 1884, sans que nous puissions donner sa date exacte.

Expectatio Israel
Expectatio Israel ;
Salvator ejus in tempore tribulationis, propitius de cœlo respice,
vide et visita vineam istam, rivos ejus inebria, multiplica genimina ejus et perfice quam plantavit dextera tua.
Messis quidem multa, operarii autem pauci.
Rogamus ergo te Dominum messis, ut mittas operarios in messem tuam.
Multiplica gentem et magnifica laetitiam ut aedificentur muri Jerusalem.
Domus tua haec, Domine Deus ; domus tua haec ; non sit in eâ, quaeso, lapis quem manus tua sanctissima non posuerit.
Quos autem vocasti, serva eos in nomine tuo et sanctifica eos in veritate. Amen.

Expectatio Israel.
Cette expression se trouve deux fois dans Jérémie. D’abord XIV-8- La sécheresse et la famine portent Jérémie à intercéder pour son peuple. Israël ne mérite point, il est vrai, que Dieu ait pitié de lui, mais que Dieu le traite avec miséricorde à cause de la gloire de son nom. Attente d’Israël son sauveur au temps de la tribulation. — La seconde fois où cette expression est employée est XVII, 13. Attente d’Israël tous ceux qui vous abandonnent seront confondus. Le prophète a confiance en Dieu, il ne sera pas confondu.
M. Fiat montre que la prière en général, toute prière est un moyen très efficace pour obtenir que Dieu nous sauve. Les patriarches, les prophètes ont recouru à ce moyen. Rorate cæli de super. Nous lisons dans un psaume Postula a me et dabo tibi gentes. Jésus-Christ a prié avant de choisir ses apôtres. Je vous invite à prier pour obtenir des vocations. Rogate ergo Dominum messis est invitat operarios in messem suam. tout est accordé à la prière. Au début saint Vincent, de peur d’enjamber sur la Providence, n’osait pas demander des vocations; mais la recommandation de Notre Seigneur Rogate ergo , le décida à prier et à faire prier en invoquant saint Joseph. Les écoles apostoliques ne sont donc pas contre l’esprit de saint Vincent; elles sont pour notre Congrégation ce que les petits séminaires sont pour l’Église. De nos jours surtout c’est une institution nécessaire; par suite de la rareté des vocations et de la loi militaire, les évêques font des difficultés pour laisser partir leurs séminaristes. D’ailleurs les apostoliques ne sont pas forcés d’entrer chez nous; ils peuvent aller chez les Capucins, les Jésuites.
Donc récitons bien la prière Expectatio Israël . Son origine n’est pas connue; elle remonte à la plus haute antiquité; elle est en usage dans la plupart des Communautés. M. Fiat commente ensuite chacune des phrases de cette prière.

Expectatio Israël.
Dieu seul est notre attente. Nous ne voulons pas de vocations qui ne soient pas envoyées par Dieu. Ce ne sont ni nos efforts, ni nos actions, ni nos paroles qui sont capables de susciter une vocation. Elles peuvent être l’instrument dont Dieu se sert; mais elles ne sont pas la cause de la vocation; la vocation vient de Dieu. Mais Dieu veut qu’on prie à cette intention.
Salvator ejus in tempore tribulationis
Notre Seigneur a sauvé la petite Compagnie pendant et après la grande Révolution. C’est lui qui l’a ressuscitée en lui envoyant des sujets; c’est lui qui la conserve en nos temps troublés où nous sommes menacés de n’avoir plus de vocations ou d’en avoir moins par suite des circonstances, des persécutions . Ayons confiance. Si nous prions, Dieu sera notre Sauveur en 1884 comme il l’a été hier, comme il le sera demain.


Propitius de cælo respice
Cette supplication se rencontre souvent dans la Sainte Écriture, particulièrement dans les Psaumes. Nous avons raison de prier Dieu de nous regarder avec bonté, car nous méritons d’être regardés avec sévérité, nous ne sommes pas innocents; mais ayons confiance, Dieu est miséricordieux il nous sera propice si nous le prions avec humilité et ferveur.

Vide et visita vineam istam.

Le peuple Juif est souvent comparé à une vigne plantée par Dieu, sois dans les prophètes, sois dans les psaumes. Le psaume 79 en particulier développe longuement cette comparaison. La prière Expectatio applique à la petite Compagnie ce que le Psalmiste dit au peuple Juif. La Congrégation de la Mission est une vigne plantée par saint Vincent. Elle a donné de nombreux et excellents raisins, les confrères qui nous ont précédés et qui ont été de saints et zélés missionnaires comme Dieu visite les vignes naturelles par le soleil et la pluie, ainsi il a visité la vigne surnaturelle qu’est la petite Compagnie par ses grâces, le soleil de justice, la pluie des bénédictions Dieu visite par des consolations et par des tribulations. Profitons bien des unes et des autres.

Rivos ejus inebria.

Cette demande est empruntée au psaume 64. Les ruisseaux de la petite Compagnie, ce sont les supérieurs, les directeurs, les visiteurs. Il leur faut du zèle et de la ferveur.
Tout dépend des Supérieurs, surtout de leurs exemples, car si les paroles, les discours émeuvent, ce sont les exemples qui entraînent. Prêcher la règle et ne pas l’observer, c’est faire comme les comédiens qui jouent leur rôle, débitent de belles tirades et qui après la comédie mènent leur train de vie, quelquefois en contradiction avec ce qu’ils ont dit. Sur la scène les comédiens ont joué le rôle d’un saint; après le spectacle ils vivent quelquefois comme de grands pécheurs. Il faut que les supérieurs soient des ruisseaux ou plutôt des bassins qui versent de leur trop plein.


Multiplica germina ejus .
Les rejetons de la vigne ce sont les vocations; il ne faut pas des vocations forcées, accrochées à la vigne sans en être de vrais rejetons. Il ne faut pas des vocations qui ne se nourrissent pas de la sève, mais des vocations qui soient vivifiées par l’esprit de saint Vincent, des frères coadjuteurs, des séminaristes, des étudiants, des prêtres vrais fils de saint Vincent et non pas des bâtards, non pas comme ces objets qu’on accroche aux arbres de Noël et qui ne sont pas de vrais fruits de l’arbre.

Perfice quam plantavis dextera tua
C’est Dieu qui a planté la vigne en 1617 par les mains de saint Vincent. Il leur a donné une sève, un esprit particuliers sève de simplicité, d’humilité, de pauvreté, d’amour des pauvres. Les premiers missionnaires ont donné de beaux exemples de ces vertus. Lisez souvent les notices, les mémoires. Leurs successeurs ont marché sur leurs traces. Jamais la petite Compagnie n’a eu besoin de réforme. Continuons ces beaux exemples. Tendons à la perfection. Seigneur perfectionnez chaque rejeton, perfectionnez toute la vigne.
Viennent ensuite les belles paroles empruntées au Saint Évangile, à Jésus-Christ.


Messis quidem multa operarii autem pauci .
La moisson c’est le monde entier; ce sont les blancs, les jaunes, les noirs, les rouges. Moisson immense. Ile in mundum universum Predicate Evangelium omni creaturæ.
Nous avons des missions partout, en Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique. Les ouvriers sont peu nombreux. Notre Seigneur n’avait que douze apôtres, douze ouvriers pour cette grande moisson. De plus il les envoie deux à deux ; il veut qu’ils se reposent de temps en temps. Requiscite pusillum. Repos physique, retraites. Venite seorsum. Grande leçon pour nous. Nos ouvriers, nos missionnaires, sont peu nombreux. Il faut demander à Dieu qu’il en envoie. Mais il ne faut pas sous pretexte du petit nombre accabler les apôtres d’un travail continu et épuisant; Il faut se reposer de temps en temps, après chaque mission. Il faut refaire ses forces physiques par un bon repos. Il faut refaire ses forces morales par la retraite, par la vie commune. Malgré  le petit nombre il faut toujours aller deux à deux. Le zèle doit être discret.


Rogamus ergo Dominum messis ut mittat operarios in messem suam.
Dans la parabole des ouvriers de la vigne, nous voyons le Maître aller chercher des ouvriers à toutes les heures du jour, jusqu’à la onzième heure. Obtenons par nos prières qu’il vienne des ouvriers à toutes les heures à tous les âges, des adolescents, des jeunes, des hommes mûrs, des grands séminaristes, des prêtres diocésains. Mais qu’ils viennent d’eux-mêmes, appelés de Dieu, avec une intention droite. Il faut qu’ils viennent non pas propter esum. Sed propter Jesum.

Multiplicata gentem et magnifica lætitiam.
Dans la leçon d’Isaïe, on lit, la nuit de Noël : “ Tu as augmenté la nation et tu n’as pas agrandi sa joie. ” M. Fiat savait par les commentateurs que dans l’hébreu il y a le contraire. “ Tu multiplieras la nation et tu lui donneras immense joie ”. Notre prière s’inspire donc de l’hébreu et non de la Vulgate.
Les prédicateurs ont trié des leçons dans les deux sens quand ils suivaient la Vulgate ils disaient : la multitude des vocations n’est pas toujours un sujet de joie car il peut se glisser dans cette multitude des sujets indésirables, qui nuisent, qui corrompent, et ainsi la joie n’est pas augmentée. Nous demandons que Dieu augmente le nombre mais nous prions Dieu que le démon ne glisse pas dans ce nombre des brebis galeuses. Voila pourquoi les directeurs doivent faire attention, bien étudier ceux qui entrent chez nous. Trois bons font beaucoup de bien, tandis que dix relâchés font beaucoup de mal. M. Fiat ajoute Il ne faut pas prendre la place des autres. Il ne faut pas chercher à supplanter d’autres Congrégations; il ne faut pas mettre la faux dans le champ du voisin; il faut travailler la portion de terrain que Dieu nous confie par le Saint Siège; il ne faut pas enjamber sur la Providence mais il ne faut pas non plus retarder sur Elle; il faut la côtoyer avec ardeur et intelligence. Ne rien demander, ne rien refuser.


Ut ædificentur muri Jerusalem
Jérusalem c’est l’Église du ciel à la construction nous travaillons avec les anges, c’est l’Église de la terre pour laquelle il faut extraire des pierres de la carrière, les tailler, les polir, les placer dans les mûrs, dans les colonnes. Il faut nous-mêmes nous laisser tailler, sculpter par Dieu, par nos supérieurs, par les épreuves, par les tentations, par les persécutions. Comme les Juifs qui rebâtissaient Jérusalem une truelle à la main, une épée dans l’autre pour écarter les ennemis, ainsi devons-nous faire avec la grâce de Dieu sous la direction de nos chefs. M. Fiat parle ensuite des petits chinois baptisés et mourant après qui sont des petites pierres envoyées au ciel pour édifier les murs de la Jérusalem céleste.

Domus tua hæc Domine Deus, domus tua hæc.
Chaque maison de la Congrégation est la maison du bon Dieu; car Notre-Seigneur y réside dans le Saint Sacrement, on y célèbre la messe, on y récite l’office, on y fait les prières de règle, on s’y prépare à procurer la gloire de Dieu, à faire arriver son règne. Les maisons de formation, de probation, la Maison Mère sont les maisons du bon Dieu. J’ai ouvert la maison de Dax comme maison de formation. Au début j’avais une grande répugnance à établir une autre maison de formation en dehors de la Maison Mère, car le Père Etienne désirais l’unité d’esprit par l’unité de séminaire et il voulait que l’on vient le plus possible à la Maison Mère, près des restes de Saint-Vincent, sous les regards du Supérieur Général et des Assistants, se former au véritable esprit et j’étais de son avis. Mais l’Assemblée Générale qui est souveraine et à laquelle le Supérieur Général doit se soumettre, a demandé qu’on ouvre d’autres séminaires internes, d’autres scolasticats. J’ai obéi et j’ai ouvert Notre-Dame du Pouy. C’est la maison du bon Dieu comme les autres. Que Dieu bénisse la parole des Directeurs des Séminaires internes, des Directeurs des Étudiants; que ces maisons soient de vraies pépinières d’apôtres.
Non sit in ea quæso lapis quem manus tua sanctissima non posuerit.
On dit que certains ennemis de l’Église introduisent dans les noviciats des hypocrites, des soudoyés qui s’y font recevoir pour introduire dans l’âme des novices un esprit satanique, pour être comme des vers rongeurs qui gâtent les plus beaux fruits. Que Dieu nous préserve d’un pareil malheur ! Il y a eu un Judas dans la Compagnie des apôtres. Il volait, il trahissait. S’il se glisse de ces serpents malfaisants, que Marie Immaculée leur écrase la tête soit en les convertissant soit en les écartant
.

Quos autem vocasti serva eos in nomine tuo .
Gardez les séminaristes et étudiants envoyés à la caserne. J’avais proposé de réciter en commun une prière pour eux. Pro fratibus nostris absentibus Salvos fac servos tuos, Deus meus, spernantes in te. Etc.
Mes assistants ont trouvé l’Expectatio suffisante. Gardez les dans leur vocation soit au séminaire, soit à la caserne. Gardez les comme vous avez gardé Daniel dans la fosse aux lions, Sidrach, Misach et Abdenago dans la fournaise.


Sanctifica eos in veritate.
Que les séminaristes, clercs, coadjuteurs, que les étudiants, les prêtres acquièrent une vertu solide, non pas une valeur de façade, de parade, de formalisme. Notre Seigneur a annoncé que l’heure était venue où les vrais adorateurs adorent le Père en esprit et en vérité. Car le Père cherche de tels adorateurs. Dieu est Esprit et ceux qui l’adorent doivent l’adorer en esprit et en vérité. Ce qui importe ce n’est pas d’aller à Jérusalem où à Samarie, c’est d’adorer Dieu, partout, en Esprit et en vérité. La vraie sainteté est la sainteté spirituelle qui ne se contente pas de gestes, mais qui consiste dans le respect et l’amour de Dieu au plus profond de l’âme.
Ici, finit la prière actuelle, mais en 1884, le 1er janvier, quand M. Fiat l’envoya à la Compagnie, celle-ci ne s’arrêtait pas aux paroles que nous venons de citer, elle comprenait encore la phrase suivante : Sermo tuus veritas est : si vero sunt in nobis quos non vocaveris, fiat in eis voluntas tua beneplacens et jube eos a nobis recedere amen.
M. Fiat ayant demandé à Léon XIII 200 jours d’indulgence pour la récitation de l’Expectatio, le Souverain Pontife les accorda, mais il fit supprimer la phrase que nous venons de citer (25 mars 1884).
Après avoir recommandé la récitation de cette prière après l’examen général, M. Fiat ajoutait en terminant sa circulaire : “Mais, ne l’oublions pas, le grand secret pour attirer des vocations, c’est de nous former à l’esprit de notre saint état et de professer un respect religieux et pratique pour nos saintes Règles. Daigne le Seigneur, nous accorder l’un et l’autre. ”

(Paris le 1er Janvier 1884)

 

Archives de la Maison-Mère CM de Paris : Armoire 4 haut. 3ème compartiment.
Frappe par Sr Claire HAMON FdlC. Paris, lundi 30 décembre 2002.