VINCENT DE PAUL...                        
                           "Cavalier du Ciel" !

Le Père Robert PIDOU, qui nous a quittés depuis, a scruté les écrits de saint Vincent pour en dégager l'enseignement spirituel et missionnaire. Mais, dans la rigueur de la recherche, il ne dédaignait pas un sourire et un trait d'humour. Saint Vincent, le landais, n'en manquait pas. Philippe Lamblin a retrouvé cette petite saga sur Internet...

         Au XVIIe siècle, en dehors des transports publics (Coches ou pataches), et en attendant les carrosses qui commencent à servir aux gens de condition, le CHEVAL était la principale monture employée pour les déplacements.

         Vincent de Paul fut un très bon cavalier, pratiquant le cheval plus de cinquante ans, et parcourant ainsi d'innombrables lieues, jusqu'au jour où ses infirmités le condamnèrent à ne plus utiliser ce moyen. (V, 475).

         Une bienfaitrice lui offrit alors un carrosse qu'il refusait de prendre, mais auquel il dut se résigner, lorsque la reine Anne d'Autriche l'obligea à s'en servir.
"Rouler carrosse" à cette époque était inconfortable, voire fatigant... compte tenu de la rusticité des engins, de leurs suspensions... et de l'état des chaussées ! De plus la Capitale connaissait déjà, aux dires de l'écrivain... "les embarras de Paris" !

         A juste titre, Saint Vincent surnomma le sien "cette ignominie" (V, 344)... Tant pour la confusion qu'il avait à s'en servir, que pour les nombreuses contusions... qui s'en suivaient !
         Le célèbre frère Pascal qui menait l'équipage avait paraît-il beaucoup de tempérament, et dans les embouteillages... son vocabulaire n'avait rien à envier à celui des "titis" d'aujourd'hui. — Bref ! ça ne devait pas être triste

         Pour ne citer qu'un accident : la soupente du carrosse se rompit un jour de 1658, et la tête du vénérable fondateur (77 ans) "heurta violemment le pavé" (VII, 53), et l'obligea à garder la chambre plus de trois semaines ! (VII, 75).

         Mais, revenons au cheval !
         Dans les écrits que nous possédons, on ne mentionne pas l'utilisation courante que Vincent en faisait, mais uniquement quelques déplacements spectaculaires, et certains ennuis, qui survenaient de temps à autre de façon inévitable, entre le cavalier et sa monture.

         En voici quelques exemples connus :

- En 1605, à l'âge de 24 ans, il se rend à cheval de Toulouse à Marseille, ce qui déjà constituait un beau déplacement ! (I, 3).

- En mai 1631, il se dit indisposé d'un mal de jambe provoqué par une ruade. (I, 110).

- En 1633, l'accident aurait pu avoir des suites plus importantes, "lorsqu'il se retrouva sous la monture, qui était tombé". (I, 198).

- En 1649 durant la Fronde, il entreprend une démarche périlleuse en faveur de la paix. - Le 14 janvier, pour intervenir auprès de la Reine au Château de Saint-Germain, il quitte Paris avant le jour, et à Neuilly, il doit forcer le passage de la Seine qui déborde et roule déjà sur le pont (III, 402).
         Puis, les circonstances politiques l'obligent à s'éloigner en direction de l'ouest, et il en profitera pour visiter les maisons de sa Compagnie. Ce fut une véritable épopée, tenant parfois du steeple, et durant laquelle survint le 18 mars, en plein hiver de l'année 1649, la chute dans une rivière en crue, à mi-chemin entre Le Mans et Angers. — L'accident eut lieu à Durtal, à moins de quatre lieues de "Tiercé" au nom évocateur, et on eut pu parier à 100 contre 1... que la course allait s'achever là ! En effet le cheval glissa, se coucha dans l'eau glacée, dont Vincent "n'aurait pu se retirer si il n'eût été reconnu" (III, 424).
         Mais les dangers cavaliers n'étaient pas terminés. “S'étant mis en chemin pour aller en Bretagne, comme il approchait de Rennes, il lui arriva un accident qui le mit dans un très grand danger de sa vie ; car passant l'eau entre un moulin et un étang fort profond, sur un petit pont de bois, le cheval vint à s'ombrager de la roue du moulin, et en se reculant allait se précipiter dans l'étang, ayant déjà un des pieds de derrière hors du pont, et sur le point de tomber, si Dieu, comme par quelque sorte de miracle, ne l'eût retenu et arrêté tout court.” (Abelly I. 184)
         Enfin, après cinq mois de chevauchée, ce "cow-boy" du Bon Dieu était de retour à Paris ; de lui on aurait pu dire à la manière de Lucky Luke : ... I am a poor lazariste... with my Jolly Jumper !

         Naturellement, Vincent de Paul ne considère pas l'utilisation du cheval, sous l'angle du simple loisir. Les missionnaires avaient alors autre chose à faire, que de l'équitation !

         Vincent condamne l'abus qui peut en découler, au détriment du service. Le 27 octobre 1655, il écrit à un confrère :
"Il y eut des supérieurs, qui ayant un cheval à l'écurie, prenaient sujet de s'aller promener, de faire des visites et de perdre du temps..."

         Il recommande alors la privation d'une telle commodité, "pour continuer à se servir de chevaux de louage quand il y aura nécessité d'en prendre". (V, 455-456).

         Pour Vincent de Paul, le cheval qu'il apprécie bien, malgré quelques péripéties inévitables est un précieux auxiliaire, et plusieurs fois, il le cite comme un modèle de collaborateur ! Pour lui, on a généralement le cheval qu'on mérite... avouant néanmoins dans une conférence aux Filles de la Charité :
         "Je n'ai jamais vu de chevaux, sinon une fois, refuser d'aller, comme on voulait le mener... Ils obéissent à ceux qui les conduisent". (IX, 137).
         Il ira même jusqu'à évoquer Notre-Seigneur Jésus-Christ à leur sujet, expliquant par cette image, la soumission qu'il avait à la volonté de Son Père "J'ai été près de Toi, comme le cheval qui se laisse mener... Tu m'as saisi, et tu m'as conduit selon ton projet..." (XII, 234. Ps LXXII, 22-24).

         Bref ! Pour nous Landais, et sans vouloir jouer sur les mots, on peut affirmer que notre Vincent tout au long de sa vie, fut un homme "chevaleresque", demeurant néanmoins paysan dans l'âme et paysan gascon.


Références : Correspondance de Saint Vincent de Paul regroupée et éditée par Coste, un Landais.
- A l'occasion des réjouissances, lors de la Fête de Saint Vincent de Paul. (Septembre 1994).

Robert PIDOU cm